Helicobacter pylori fait-il grossir ou maigrir ?
Rien ne permet de l’affirmer : l’idée d’une bactérie qui protégerait de l’obésité vient d’une étude sur des souris, et les études chez l’humain sont contradictoires.
Cette bactérie de l’estomac touche 15 à 30 % des Français selon la HAS. Elle est surtout la principale cause d’ulcère et peut, après des dizaines d’années, favoriser un cancer de l’estomac. Douleurs d’estomac répétées, perte de poids inexpliquée : consultez votre médecin.
Une bactérie de l’estomac qui protégerait de l’obésité : l’idée a circulé après une étude menée sur des souris en 2012. Que sait-on vraiment de Helicobacter pylori, et fait-elle grossir ou maigrir ? Voici ce que disent la Haute Autorité de santé (HAS), l’Assurance maladie et les études publiées depuis.
Qu’est-ce que Helicobacter pylori ?
Helicobacter pylori est une bactérie en forme de spirale qui vit dans l’estomac. Elle résiste à l’acidité gastrique et, selon la HAS, colonise exclusivement la muqueuse de l’estomac. Son rôle dans les maladies de l’estomac a été établi par deux chercheurs australiens, Barry Marshall et Robin Warren, qui l’ont découverte en 1982 et ont reçu pour cela le prix Nobel de médecine en 2005.
Selon la HAS, 15 à 30 % de la population française est infectée. La fréquence augmente avec l’âge : moins d’une personne sur cinq avant 30 ans, environ une sur deux après 50 ou 60 ans. La contamination a lieu surtout dans l’enfance, principalement au cours des cinq premières années, et se fait par la bouche.
Quelles maladies peut-elle provoquer ?
L’infection entraîne une inflammation de la muqueuse de l’estomac, la gastrite, qui passe le plus souvent inaperçue. Mais elle peut évoluer :
- selon la HAS, 6 à 10 % des personnes infectées développeront un ulcère de l’estomac ou du duodénum ; d’après l’Assurance maladie, 95 % des ulcères du duodénum et 70 % des ulcères de l’estomac seraient associés à cette bactérie ;
- environ 1 % développeront un cancer de l’estomac (adénocarcinome gastrique), après plusieurs dizaines d’années d’infection ;
- plus rarement, elle est en cause dans un lymphome de l’estomac, dit du MALT.
Selon l’Assurance maladie, un ulcère peut provoquer une douleur en haut et au milieu du ventre, comme une crampe ou une sensation de faim douloureuse, une à trois heures après les repas. D’autres signes, moins caractéristiques, sont possibles : gêne sous les côtes, brûlures qui remontent derrière le sternum, nausées, vomissements. Certains ulcères ne donnent aucun symptôme. Vomir du sang ou avoir du sang dans les selles impose des soins urgents.
Helicobacter pylori fait-il grossir ou maigrir ?
Aucune réponse simple n’est possible aujourd’hui, et rien ne permet d’affirmer que cette bactérie protège de l’obésité chez l’humain.
Ce que montrait l’étude sur les souris
En 2012, une équipe américaine a publié dans la revue PLoS One une étude menée sur des souris obèses ou diabétiques. Dans cette étude, chez les souris colonisées par Helicobacter pylori, la glycémie à jeun était plus basse, la tolérance au glucose meilleure, le taux de leptine (une hormone qui intervient dans la régulation de l’appétit) plus élevé et la prise de poids moindre. C’est de là que vient l’idée d’une bactérie « protectrice ». Mais un résultat obtenu chez la souris ne se transpose pas tel quel à l’humain.
Chez l’humain, des résultats contradictoires
- une méta-analyse de 2019, portant sur des études menées chez des adultes en Chine, trouve au contraire que les personnes infectées sont un peu plus souvent obèses (rapport de cotes de 1,20) ;
- une méta-analyse de 2025 conclut que les preuves d’un lien avec l’obésité sont limitées, avec peu d’études disponibles, et que le mécanisme reste inexpliqué ;
- une étude coréenne de 2023 a suivi 131 personnes traitées et 131 personnes comparables non traitées : l’IMC a évolué de la même façon dans les deux groupes. Chez les personnes les plus minces au départ, l’IMC tendait à augmenter un peu après le traitement, sans que la différence soit statistiquement significative.
Ces études observent des associations : elles ne prouvent pas que la bactérie fait grossir ou maigrir. Le poids dépend avant tout de l’alimentation, de l’activité physique, du sommeil, de certains médicaments et de l’état de santé. Pour situer votre poids, vous pouvez calculer votre IMC : c’est un indicateur, pas un diagnostic. Et une perte de poids inexpliquée, avec ou sans douleurs d’estomac, doit toujours faire consulter.
Faut-il se faire dépister et traiter ?
La recherche de la bactérie se décide avec un médecin. La HAS la recommande notamment dans ces situations :
- ulcère de l’estomac ou du duodénum, actuel ou passé ;
- troubles digestifs persistants (dyspepsie) sans lésion expliquant les symptômes ;
- anémie par manque de fer ou carence en vitamine B12 sans cause trouvée ;
- parents, frères, sœurs ou enfants atteints d’un cancer de l’estomac ;
- avant une chirurgie de l’obésité de type bypass ;
- certaines maladies comme le purpura thrombopénique immunologique (une maladie des plaquettes sanguines) ou le lymphome de l’estomac dit du MALT.
Selon la HAS, la recherche commence par une gastroscopie avec biopsies en cas de symptômes digestifs hauts, de facteurs de risque de cancer de l’estomac, de lymphome du MALT ou avant une chirurgie de l’obésité : elle permet aussi de repérer des lésions et de tester la sensibilité de la bactérie aux antibiotiques. Sans symptôme digestif, une prise de sang (sérologie) peut être faite d’abord, suivie d’une gastroscopie si elle est positive. La prise de sang ne sert pas à vérifier la guérison. Le traitement associe plusieurs médicaments, dont des antibiotiques, choisis si possible selon la sensibilité de la bactérie. Aucun antibiotique n’étant efficace à 100 %, un test respiratoire à l’urée marquée vérifie ensuite que la bactérie a disparu. Selon la HAS, ce traitement n’est pas urgent et il est différé chez la femme enceinte ou qui allaite.
Questions fréquentes sur Helicobacter pylori et le poids
Helicobacter pylori fait-il grossir ?
Rien ne permet de l’affirmer. Chez l’humain, les études sont contradictoires : une méta-analyse d’études chinoises trouve les personnes infectées un peu plus souvent obèses, une autre, plus récente, juge les preuves limitées. Ces études constatent une association, elles ne prouvent pas que la bactérie fait grossir.
Helicobacter pylori fait-il maigrir ?
On ne peut pas l’affirmer. L’idée d’une bactérie « protectrice » vient d’une étude publiée en 2012 sur des souris obèses, qui n’a pas été confirmée chez l’humain. Une perte de poids inexpliquée, elle, doit toujours être évaluée par un médecin, qu’il y ait ou non des troubles digestifs.
Prend-on du poids après le traitement contre Helicobacter pylori ?
Dans une étude coréenne publiée en 2023, l’évolution de l’IMC après l’éradication de la bactérie ne différait pas de celle de personnes non traitées comparables. Chez les personnes les plus minces au départ, l’IMC tendait à augmenter un peu, sans que la différence soit statistiquement significative. Le traitement ne doit donc pas être évité par crainte de grossir.
Quels sont les symptômes d’une infection à Helicobacter pylori ?
L’infection passe le plus souvent inaperçue. Quand elle provoque un ulcère, celui-ci peut causer une douleur en haut et au milieu du ventre, comme une crampe ou une faim douloureuse, une à trois heures après les repas, et parfois des brûlures, des nausées ou des vomissements. Ces symptômes doivent faire consulter.
Comment savoir si l’on a Helicobacter pylori ?
C’est le médecin qui décide de rechercher la bactérie, par exemple en cas d’ulcère, de troubles digestifs persistants ou d’anémie par manque de fer sans cause évidente. Selon la HAS, on commence par une gastroscopie avec biopsies en cas de symptômes digestifs hauts ou de facteurs de risque de cancer de l’estomac ; sans symptôme digestif, une prise de sang (sérologie) peut être faite d’abord, suivie d’une gastroscopie si elle est positive. Après le traitement, un test respiratoire à l’urée marquée vérifie que la bactérie a bien disparu.
Sources
- Haute Autorité de santé, Traitement de l’infection par Helicobacter pylori chez l’adulte, 21 juin 2017.
- Assurance maladie (ameli.fr), Ulcère de l’estomac ou du duodénum : définition et causes, symptômes et diagnostic et évolution.
- Prix Nobel de physiologie ou médecine 2005, communiqué de presse (en anglais).
- Bassaganya-Riera J et al. Helicobacter pylori colonization ameliorates glucose homeostasis in mice through a PPAR γ-dependent mechanism. PLoS One, 2012;7(11):e50069 (article, notice PubMed).
- Xu X, Li W, Qin L et al. Relationship between Helicobacter pylori infection and obesity in Chinese adults: A systematic review with meta-analysis. PLoS One, 2019;14(9):e0221076 (notice PubMed).
- Zhou Q, Yan R, Wu X et al. Effects of Helicobacter pylori infection on gastric cancer, obesity and esophageal diseases: a systematic review and meta-analysis. BMC Gastroenterol, 2025;25(1):839 (notice PubMed).
- Kim JW, Baeg MK, Bang CS et al. Effect of Helicobacter pylori Eradication on Body Weight: A Multicenter Propensity Score-matched Analysis in Korea. J Neurogastroenterol Motil, 2023;29(3):352-359 (notice PubMed).
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